1996

Vendanges 1996



La Bourgogne exulte sous un soleil tempéré par de subtiles brumes d'Automne - conditions climatiques idéales qui se sont installées chez nous depuis le début du mois de Septembre, nous ont accompagnés pendant toutes les vendanges et aujourd'hui organisent la Côte en un spectacle féerique où toutes les nuances de l'or, du rouge et du vert, jouent dans l'air frais d'Octobre. Dans les rues des villages et jusque dans les vignes, on est accompagné, encore plus que d'autres années, par d'opulentes exhalaisons des cuveries qui témoignent de la richesse exceptionnelle du millésime. Le vigneron connaît un bonheur complet et devient lyrique, pardonnez-le lui : il n'a pas souvent l'occasion d'être à pareille fête !



C'est en effet à une fête, mais aussi à une fête quasi miraculeuse qu'ont été conviés les vignerons Bourguignons : qui aurait dit à la fin du mois d'Août, quand les pluies froides déclenchaient un début de pourriture grise qui déjà faisait naître l'angoisse, qu'un mois plus tard, on vendangerait un très grand millésime où se trouvent réunies, pour la première fois depuis longtemps à ce point, qualité ET quantité ! La Bourgogne s'est trouvée placée en 1996 dans une "bulle" climatique, dont elle a joui, quasiment seule de son espèce, alors que la pluie sévissait un peu partout en France.



Comme toujours, après coup, quand on regarde en arrière, on s'aperçoit que ce miracle est le fruit d'une logique étrange, pleine de méandres, qui est celle du millésime et l'on repère les facteurs qui l'ont créé :


- une floraison exceptionnellement courte, commencée et terminée en quelques jours autour du 15 juin, et qui a assuré d'une part la très belle quantité, d'autre part une venue à maturité très égale des baies,


- les fameuses pluies si angoissantes de fin Août qui ont en fait donné à la vigne les quantités d'eau nécessaires pour assurer le mûrissement des raisins pendant la période de totale sécheresse qui a suivi,


- et, surtout, véritable bénédiction des dieux, un vent du Nord qui s'est installé sans discontinuer à partir du tout début du mois de Septembre ; ce vent du Nord a fait perdurer ( nous les connaissons toujours aujourd'hui ! ) des conditions climati¬ques froides, mais aussi des ciels lumineux très favorables à la photosynthèse, et surtout a séché et fait disparaître toute trace de pourriture.



Si l'on peut parler de miracle, c'est que les conditions climatiques du reste de l'année avaient été loin d'être excellentes : débourrement tardif ; mois d'Avril correct, mais beaucoup de pluies et grands risques de mildiou, heureusement contrôlés en Mai ; été plutôt froid sans très grosses chaleurs, mais sans pluies - conditions proches de la sécheresse - sauf fin août comme nous vous l'avons écrit plus haut, les raisins assoiffés ayant alors absorbé l'eau dont ils avaient besoin pour mûrir.



C'est alors que le vent du Nord et sécheresse ont concentré les sucres et l'acidité, celle-ci restant jusqu'aux vendanges à un niveau exceptionnellement élevé malgré la charge importante de la vigne. En fidèle disciple de Duvault-Blochet, notre ancêtre défenseur ardent des vendanges tardives, le Domaine a vendangé le plus tard possible et s'en est trouvé gagnant sur tous les plans : les degrés sont superbes (plus de 13 ° dans la Romanée-Conti et La Tâche vendangées en dernier) et les acidités, comme indiqué plus haut, exceptionnelles. Les vins seront par conséquent très équilibrés.



Les rendements pour une fois sont eux aussi exceptionnels, dépassant les 30 hl/ha dans presque tous les crus. Nous nous en réjouissons, car, encore une fois, la nature a été exceptionnellement généreuse cette année sur tous les plans et il était donc "naturel"que nous en profitions aussi ! ( Et tant pis pour les pisse-vinaigre qui ne vont pas manquer de critiquer cette générosité, pourtant si rare, des dieux qui nous gouvernent ! ).



Les vendanges ont commencé le 25 septembre (sauf pour des jeunes vignes très mûres qui furent vendangées quelques jours plus tôt ) avec le Montrachet et se sont terminées le 3 octobre avec La Tâche, la Romanée-Conti, elle, ayant été vendangée par une matinée sublime le 1er octobre.



En résumé, nous pensons avoir aujourd'hui à l'abri en cuverie un grand millé¬sime. Les décuvages sont à peine commencés, il est trop tôt pour en situer le niveau ou oser faire des comparaisons avec d'autres. Nous en aurons une idée plus précise dans quelques semaines, ainsi que des quantités ; nous nous permettrons alors de compléter ce premier rapport avec des éléments plus précis.



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